DEDICACESSEN

Blog de cuisine et de petites histoire ; Le principe ? Tout un plat, toute une histoire... Quand l'inspiration est là, la recette est dédiée à un personnage de mes paysages réels ou rêvés : Vouivre, Hopper, San Antonio, André Breton, Maroc, Italie, enfanc

vendredi 13 juillet 2007

[Ben oui que je vais la ramener ! Et plutôt deux fois qu'une !]..........

fraises04Fraises… De l'attente et des promesses. Désormais on peut en trouver qui viennent en camion pour les anniversaires verseaux, le temps a raccourci et on n'a plus le droit d'attendre. Quand j'étais enfant le temps était infini, immense, et on espérait les fraises pendant des siècles de neige tout en finissant par se demander si elles existaient vraiment, si on ne les avait pas rêvées… lorsqu'elles arrivaient enfin, l'hiver était fini, il ne reviendrait jamais plus ! On pouvait soupirer d'aise, faire un vœu les yeux fermés en croquant dans lafraises01 première de la saison, croire à la douceur des choses dans le grand recommencement et au repos languissant de l'été promis.

Mais si je me laisse aller aux sons que le mot évoque, le souvenir est moins joli, j'entends vrombir celle du dentiste, rue de Champagne… Pour m'encourager à y aller, chaque retour était prétexte à une halte dans la librairie voisine, pour l'achat d'un nouvel "Heïdi", ou d'un tome des "Contes et Légendes". Le soleil frôlait juste la vitrine chauffant le vernis des couvertures, laissant à l'ombre et à l'humidité le soin d'embaumer le reste du papier encré. On se souvient d'une odeur, d'un parfum et c'est le même vertige que face à certains exercices mentaux comme imaginer l'infini ou notre maison pleine d'inconnus dans 100 ans ou le néant… On approche, on croit pouvoir, on croit saisir et au moment où… on chute dans le puits sans fond, happé. Ce parfum-là est fraises02encore vivace, je le retrouve parfois un peu dans certains livres dénichés dans des vide-greniers, mais dès que je veux m'en emparer, comme de l'eau qui s'envolerait, il disparaît.

Fraise dentiste, fraise Tagada, fraise ramène pas ta, fraise la collerette autour du cou des portraits sur les images des livres d'histoire, fraise la tache de naissance sur la joue du voisin de classe, carte au trésor inconnu, à la fraise le sirop dans le diabolo qu'on tête, les moustaches que le mouchoir à carreaux bleus du père efface. Fraises les offrandes volées par un amoureux de 7 ans au repas du dimanche, mangées dans le buisson le long des trains qui roulent pendant la sieste, les guêpes de juin au festin. Fraise sous la lettre F des abécédaires pour enfants, dessin parfait d'un fruit idéal, rouge comme un ballon de fête foraine. La première fraise mise dans la main de mon bébé, qui l'écrase en la portant à sa bouche, la mine ravie, la pulpe qui sort d'entre ses doits refermés sur le butin. Fraises d'enfance dont on ne retrouve jamais le goût.

Il y a aussi la bouche de Julia Roberts, Pretty wooman au champagne, et surtout celle de Nastassia Kinsky qui croque le fruit, Tess innocente, séduite. Le parfum à la fraise que je glissais sous les baisers dans mon cou de seize ans, fraise le souvenir qui en restait sur le col de ma robe jaune transparente. Et les glaces les soirs d'orage, sous le néon de la cuisine, au milieu des moustiques affamés, jus de citronsfraises03 et sorbet rouge, dînette d'apprentis amants, le grand appartement pour lui et moi. Fraise sa bouche, fraise la mienne, fraises les lèvres des amoureux, sucrées.

Pour ce fruit aux saveurs de madeleine du petit Marcel, deux recettes mises au point avec mon amie d'enfance, Flo, qui m'ont un peu changée des fraisier et autre Tiramisu ; l'une légère mais à manger goulûment avec les doigts, l'autre plus gourmande à enrouler savamment autour d'une fourchette, deux détournements, deux amusements, deux gourmandises d'été

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lundi 25 juin 2007

quat' quat' quat' quadec

C'est Grand Chef qui demande. Alors je réponds. Je suis une des groupies hystériques de Grand Chef. Faut dire. Je vais même jusqu'à vénérer sa femme et ses clairs gloussements de réalisatrice amoureuse. Je suis vraiment prête à tout.
Donc, Grand Chef m'a filé un bébé tout huileux que je ne dois pas faire tomber. J'exécute. Le bébé, le questionnaire, les ordres de Grand Chef.
(même qu'il n'est pas interdit de cliquer sur les montages pour les voir en plusse grand, que je me sois pas décarcassée pour rien)

Allons-y….

> 4 emplois que j'ai occupés dans ma vie
J'ai été… Animatrice cuisine ! Ouaip. Et je n'avais que 20 ans. Mais j'étais épaulée, hein. Et puis j'animais aussi le club lecture. En fait j'animais dans une MJC de quartier. Je gardais aussi l'entrée du château gonflable à la fête de quartier. Et puis je tapais le courrier. Et je faisais les comptes-rendus de conseils d'administration. Des fois je me prenais des cailloux par les gamins du quartier et je perdais les clefs, mais ça n'a rien à voir.

lamaSinon, j'ai été employée de maison mais c'était avant, quand j'ai quitté l'école, à 17 ans. Je venais tôt, je faisais déjeuner les enfants, y en avait 5. J'en emmenais deux à l'école, les autres y allaient seuls, zétaient grands. Le plus petit racontait à ses potes que j'étais sa grand-mère, il ne devait pas assumer son rôle patronal. Je me suis fait courser par un lama un jour. Pour une mamie je m'en suis plutôt bien sortie, mais c'est parce que j'étais armée de trois pains. Après, je rentrais, je faisais du ménage, ou/et les courses, et puis à manger pour le midi. J'allais rechercher les plus petits ;  c'est là que le lama m'a repérée.

J'ai été quoi d'autre ? Plein de choses. J'ai été attachée de communication. Ou assistante. Ou un truc comme ça. En fait, je rédigeais la moitié d'un journal pour ttttttttttoooooooooooooute la population de l'agglo, une lettre interne (même que je faisais aussi la mise en page), des discours d'élus, je choisissais des visuels, je remplaçais mon chef au pied levé à des réunions dont j'ignorais l'objet, j'allais manger au restaurant, je doublais des biélorusses qui causaient dans des films, je faisais aussi la voix off des rétrospectives filmées de l'année. Je faisais un tas de choses, des pliages d'urnes en carton, des mises en place de conférences d'université populaire, des réceptions, je ne me suis pas fait courser par un lama ni mordre par un caniche (oui j'ai oublié de vous dire que je m'étais fait mordre par un caniche en transportant une table bleue à travers le quartier, dans mon job d'animatrice de MJC) mais je suis tombée malade tellement je faisais de choses à toute vitesse.

J'ai fait de la compta aussi mais c'est pas un métier, c'est pas sérieux. Alors un quatrième ? J'ai cueilli du raisin. Pendant trois jours. Après ils ont rétréci les vignes et j'ai protesté, stop ! gare : train, retour.

> 4 films (ou un peu plus) que je regarderais encore
Autant en Emporte le Vent. C'était mon premier vrai film au cinoche, le film préféré de ma mère, y avait eu un entracte, on était allées avec madame Laville qui mangeait des bonbons pendant l'incendie d'Atlanta… alors j'ai pas le choix, j'en suis à  7 visionnages en version française et un en VO.

Les Ailes du Désir parce que. A cause du miroir, des anges dans les bibliothèques, de leurs têtes compatissantes qui penchent sur les épaules trop lourdes.

American Beauty pour la scène du sac en plastique qui vole. D'ailleurs je dis toujours : "la scène de la fin" alors qu'elle n'est pas du tout à la fin.

films

Un Ange à Ma Table pour voir s'il me fait toujours le même effet. En souhaitant que non. J'y suis tellement dans ce film, que la première fois je ne pouvais plus marcher, je ne tenais plus debout, je tremblais, je pleurais, etcais. Bouleversée, renversée.

sinon : Sur la route de Madison, bien sûr, parce qu'elle finira bien par monter dans sa voiture, sous la pluie
Big fish si un jour je ne rappelle plus comment naissent les histoires.
Le Bal, pour la valse incessante et folle de la vie, les Charlie Chaplin, tous, pour tout, Pirates des Caraïbes 3 pour les morts qui flottent et ceux qui vont dans des barques, avec un lumignon et un sourire calme, Paris Texas pour les paysages dans le rétroviseur et la musique, The Wall pour ma fille, Les Visiteurs pour me faire du mal et encore mieux aimer Frankenstein Junior, ah oui ! les Demoiselles de Rochefort, parce que j'addddoooooore (ça rime), toutes les comédies musicales américaines des années 50, toutes les comédies avec Marilyn, La vie est Belle de Capra, et plein d'autres. 

> 4 émissions ou séries TV que je regarderais encore mia
Strip Tease
, j'ai le coffret DVD, ça me fascine de voir les gens tout nus. Sinon…….. euh…. J'ai adoré regarder en avant-première les épisodes de Desperate Housewives, mais je n'ai pas pu les revoir, une fois suffit. Revoir les séries n'a guère de sens, non ? Si !!! je voudrais revoir Peyton Place ! Ah oui ! J'étais toute petite et sans doute un peu amoureuse de Mia Farrow dans le rôle d'Alison. S'appelait-elle Mackenzie ? Elle disparaissait et j'en voulais beaucoup à Ryan O'Neal de ne pas être inconsolable. Je ne savais pas qu'elle était en train de se marier avec Franck Sinatra, la fourbe. Oui ! j'aimerais aussi revoir une série sur les Corsaires, avec Michel Leroyer. J'étais très très amoureuse, à en pleurer dans mon lit à me dire que je ne pourrais jamais me marier avec lui, parce que déjà c'était un corsaire et que c'est pas pratique et qu'ensuite il était beaucoup trop vieux pour moi.

> 4 endroits où je suis partie en vacances
Je suis partie… à la piscine d'Audincourt ! Impatience ! Grand soleil, la chaleur qui trompette dans l'air, dès 9 heures (pourquoi ça n'ouvre pas avant ???!). J'ai ma robe en éponge rouge à fleurs blanches que maman a cousue. Deux couettes. Papa et moi faisons la queue pour être dans les premiers à entrer à la piscine. Depuis le bloc, on a juste eu à traverser le pré du père Courvoisier, derrière la voie ferrée, au milieu des chants des grillons. Mon père a pris son pliant et un cabas, maman arrivera vers midi, pour manger avec nous, quand elle aura fait le ménage. Je suis déjà badigeonnée de crème solaire, lui non, ce soir il sera écarlate, des brûlures jusque sur la plante des pieds. J'ai ma bouée orange et blanche autour de la taille, je ne tiens pas en place. Voilà mon cousin, le Maurice, qui ouvre la caisse. Quand je suis avec papa, on passe à l'oeil, quand c'est avec maman, faut payer. On longe les vestiaires, pas la peine de prendre de portemanteaux jaunes, on a déjà nos maillots sur nous. Au bout de l'allée, le bassin olympique brille sous le soleil jeune, l'eau frémit. A droite, toutes ! Direction l'ombre des buissons qui entourent la pataugeoire, papa installe les affaires sur le muret, déplie son siège et le journal. Je suis déjà en maillot, et je cours vers la moyenne, tout en cramponnant la bouée aveuglante sous la lumière. Je me jette en de grandes éclaboussures moirées dans l'eau javellisée. Ce moment là, où je suis saisie par la morsure de l'eau froide, ordonne à la journée de commencer enfin.

Je suis partie voir la mer, .

talloires

Je suis partie en Italie, .

Je suis partie à Pouldreuzic, c'est le paradis  mais y avait un psychopathe derrière les rideaux, la nuit, j'en suis sûre. Il faisait le bruit caractéristique du psychopathe breton derrière des rideaux, sur graviers. J'ai jamais eu le courage de vérifier. Je suis beaucoup partie à Annecy, à Talloires plus précisément. D'ailleurs je n'en suis pas complètement revenue. Il y a des bouts de moi partout, là-bas, faites gaffe où vous marchez ça porte pas forcément bonheur. Et puis au Maroc mais je le compte pas, c'est pas des vacances, un voyage de noces.

> 4 endroits où j'ai vécu
chemin_de_ferJ'ai vécu au bloc A de la rue des prés. Le bloc des campenottes, ici les campenottes, ce sont les jonquilles. Des noms de fleurs. Bien des histoires, dans les caves, les tours de vélo, les abris des buissons le long des trains qui passent vite, les cerises et les rondes, les bagarres, les filles Bourlon m'ont fait tomber dans les orties, impossible de bouger, elles ont ordonné à Pascal, leur frère attardé, de me tenir plaquée au sol, et comme des bouts de peau échappent aux morsures des herbes, elles me passent une ortie sur les bras et la figure ; y a aussi Betty et son renard de l'autre côté du grillage, les femmes qui tricotent assises le long du mur,  l'ascenseur qui se bloque, la rue des prés sous mes souliers vernis, Richard amoureux (qu'est-ce qu'il est collant !) le carrelage jaune du couloir, les rideaux à carreaux et ma mère derrière : "je suis première ! je suis première !" il faisait pas bon être première au bloc.

J'ai vécu sous les toits, dans un tout petit appartement, un moment parfait, une nuit. Je me lève pour boire un verre d'eau, c'est l'hiver, je n'ai plus très sommeil. Je bois, pieds nus. A ma droite, dans la chambre, l'homme que j'aime dort. Derrière moi, au sud, mon minuscule bébé tout neuf rêve de choses que je ne sais plus. Devant moi, j'aperçois par le Vélux les toits de la ville où dorment : ma mère et ma soeur, ma nièce aimée, et plus loin mon frère dans une période de calme. Je ferme les yeux, je les ouvre à nouveau et chacun est à sa place, dans mon paysage, proche, chacun va bien à sa façon, il manque déjà mon père mais on le contient. Je referme les yeux, je confronte mon songe à la vision nocturne des toits sous décembre. Tout est parfaitement similaire. Je me sens gardienne de leur sommeil, au milieu de la mer, je conduis le navire, tout va bien.

J'ai vécu après dans un immense appartement de 200 m2 hors terrasse que j'aimais beaucoup, avec des parquets cirés, des plafonds à moulures, des portes-fenêtres qui suivaient le soleil tout le long de la journée, et des volets qui grinçaient au vent. Comme une île, cet appartement de roi, entre trois cours d'eau et le chant des grenouilles.

voyages02jpg

J'ai vécu enfin dans un endroit étrange qui n'avait pas de nom, juste un prénom. Où il existe un oiseau qui tient à la fois du canard et du cygne, un endroit entre ici et là-bas, un endroit du milieu. J'y ai vécu près d'une rivière, je la revois encore brillant sous la lune, entourée de cailloux blancs comme des dents de loup. Je m'y suis beaucoup promenée et quand j'étais fatiguée, il suffisait que je pose ma tête contre lui. J'y avais une cabane, de bois et de petites choses. J'ai vécu dans ce refuge, emprisonnée, contente de l'être près d'un grand feu apprivoisé. Dans les murs, il y avait des histoires secrètes.

Maintenant je vis chez les écureuils.

> 3 ou 4 choses que je fais quand je vais sur le net
Je vais voir ma bal, je vais chez chef simon, je vais chez une chanteuse, je regarde des images de gens, je tombe sur des merveilles, je tombe sur rien, j'attends.

> 4 mets que je ne mangerai jamais
saucissejamais plus :
les saucisses à Laguna à Weil Am Rhein en Allemagne
de la chicorée cuite
des makis
et jamais jamais jamais du pigeon. C'est ma phobie, les oiseaux. Et le pire, c'est le pigeon. Et pire que le pigeon, y a le pigeon mort. Alors je crois que je pourrais vomir dans la seconde et même sur une nappe damassée, et même dans de l'argenterie, et même chez des gens que j'aime, si on me disait que je viens d'en manger.

> 4 de mes mets favoris
- les cannelés de chez Bise à Talloires
- le gigot de 5 à 7 (heures)
- la choucroute de la Toussaint
- le cake au chocolat

higelin> 4 endroits où j'aimerais être en ce moment
- dans ma cabane au milieu des mondes
- sur un banc du port de Talloires
- contre la poitrine d'Higelin
- dans le rêve d'un amoureux

> 4 personnes qui me feraient plaisir en répondant à ce questionnaire
c'est peut-être déjà fait mais :
- Marina Foïs
- Bobby Lapointe
- Thierry Marx (pouvez faire passer siouplè ? Les autres, ça va, je sais où les joindre... mais lui j'ai pas ses coordonnées)
- Jacques Prévert
Et qui qu'en veut !

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mercredi 20 juin 2007

# Les petits gâteaux de Léa, orange, pamplemousse, amandes #

Vite bricolés entre trois taches de couleur pour maman et un visionnage avachi du Roi Lion, des petits gâteaux tout sympas et doux, pour un quatre heures entre meilleures copines.

muffinsorange02

Pour une douzaine de petits gâteaux en caissettes jetables :

> Ingrédients
100 grammes de beurre noisette
Une orange, un demi pamplemousse
140 grammes de farine
40 grammes de poudre d'amandes
120 grammes de sucre en poudre
1 sachet de sucre vanillé parce que ce sont les gâteaux de Léa
1/2 sachet de levure chimique
1 pincée de sel
3 oeufs
Une pincée de sel
Des amandes effilées

> On en fait quoi ?
1 - Préchauffer le four à 180 °. Préparer le beurre noisette : chauffer une casserole à blanc pendant quelques minutes, y jeter le beurre. Quand il a fini de chanter, de bruisser, le retirer, le verser de suite dans un bol pour arrêter la cuisson.

muffinsorange01

2 - Râper le zeste de l'orange et du demi-pamplemousse. Puis les presser et réserver le jus.

3 - Mélanger la farine, la poudre d'amandes, le sucre, le sucre vanillé, la levure et la pincée de sel. Ajoutez les oeufs un à un, le beurre noisette, les zestes et les jus des fruits.

4 - Verser la pâte dans les caissettes jetables ou dans des moules préalablement beurrés (on peut faire un seul gâteau, on adaptera alors le temps de cuisson), parsemer d'amandes effilées et enfourner pour 23 minutes... dans mon four.

Vraiment un délice, très moelleux, dorés, jolis, tout simples, conservation idéale, formidablement parfumés, y a rien à leur reprocher. Avec un thé à la menthe et une fillette qui fait "hhhhuuuummmmmmmmmm, c'est bon !", c'est proche du bonheur.

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[Ma meilleure petite copine]..........

Léa c'est ma meilleure petite copine. Je dis pas "amie", hein, on se connaît pas depuis assez longtemps pour ça. Ça fait quoi ? je sais pas… moins de six ans, c'est sûr. Léa, la première fois que je l'ai vue, elle était si petite qu'on aurait pu la mettre dans sa poche et partir avec en courant ; pourtant il paraît qu'elle avait été encore plus minuscule un jour… mais j'ai du mal à y croire, je soupçonne sa maman d'en rajouter ; pensez ! Elle raconte qu'au départ, là-bas, sur l'île où elles vivaient, elle était obligée de lui mettre des habits de poupée ! pffff….

l_adedicacessen02La première fois, elle m'a regardée un peu bizarrement, étonnée par mes cheveux d'oiseau mal peigné et mon grand pantalon rouge. Pas de cadeaux avec elle, ses grands yeux noirs sur moi, je me sentais pas fière. C'était une loupe ce regard. Et puis quand même, je me suis mise à rire de la voir si sérieuse. Et elle ! Elle, au lieu de sourire gentiment comme l'aurait fait n'importe qui de son âge, elle a arrondi encore ses quinquets, a approché sa tête tout près de la mienne hilare, et a mis ses mains sur ma bouche pour l'ouvrir et regarder dedans, voir ce qui produisait ce bruit incroyable. Je ne m'en remettais pas ! Elle, secouée par un tremblement d'Annie force 8, demeurait imperturbable, explorant courageusement ce trou noir mugissant. Je m'attendais à tout moment à la voir sortir un carnet de notes de sa barboteuse et gribouiller quelques mots sur mon cas.

Léa… elle est devenue un peu plus grande, je ne crois pas que je la mettrais dans ma poche désormais, ou alors une grande poche. Elle ne s'étonne plus guère de mon rire, même si elle ronchonne que je fais beaucoup de bruit. Elle a des cheveux barbe à papa tire-bouchons qui sentent la vanille. Des fois, Léa me montre sa main, ou son genou, ou son cou et me dit : "j'ai un bouton" ou "j'ai un bobo". Je m'approche et je regarde, attentivement. Souvent, je ne vois rien du tout mais je fais semblant parce que sinon elle se fâche. D'autres fois, il y a une minuscule tête d'épingle rose sur sa peau lisse. Alors je m'exclame "ooooohhhh !" et elle est contente. Léa et moi on joue à têtête. On appuie fort nos fronts l'un à l'autre en se regardant très sérieusement dans les yeux (enfin, surtout elle… je ne parviendrai jamais à regarder aussi sérieusement qu'elle… brrrrr… rien que d'y penser…). Et puis y en a une qui crie, alors l'autre a peur et crie encore plus fort et on rit ! On rit comme des bossues ! On fait des dessins aussi, des coquelicots, des girafes et des bateaux avec des lapins dedans et des bébés lapins dans le ventre des lapins adultes. Et des poissons sous l'eau. Je lui raconte la Vouivre. Je lui dis de bien faire attention aux lumières rouges dans le ciel, le soir, que peut-être elle aura la chance de l'apercevoir volant entre deux baignades. Et forcément ! Vu que c'est Léa, elle la voit, et me raconte : "j'ai vu la vouivre, avec son rubis tout rouge !". Sa maman dit qu'il faut que j'arrête de lui raconter des histoires parce qu'après elle ne dort plus. Mais Léa ne veut pas que j'arrête et ses histoires à elle sont bien plus effrayantes ! Est-ce que je dors, moi, quand elle me les raconte ?

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Elle dit aussi : "oh je t'aime annie". Et puis elle met ses mains autour de mon cou, et se colle à moi, elle pèse alors une tonne de plumes, je ronronne, sans oser respirer, ça va s'arrêter. Elle est rudement douce et belle. Elle a des doigts immenses qui pourraient jouer du piano, tricoter de la dentelle, faire pousser des fleurs. Elle n'aime pas avoir tort, ça non et des fois elle me guette de travers quand je lui dis qu'elle se trompe. A la mer, elle s'écrie : "oh maman ! j'ai eu peur ! j'ai cru qu'il y avait une grrrrrosssse tortue de mer… Heureusement, c'était toi". Léa ne dit pas : "j'ai été à la mer", Léa dit : "je suis allée à la mer". Elle sait même le conjuguer : "j'étais allée à la mer". Alors moi je la regarde comme la huitième merveille du monde. Qu'on ne lui dise pas non plus "un espèce de truc", elle serait fichue de s'énerver : "UNE espèce !". Et puis elle sait parfaitement comment on fait du feu à la manière préhistorique et ça ! ben ça, c'est pas donné à tout le monde. Il faut du silex, et puis une pierre à feu et puis de la paille et puis je sais plus parce que moi je retiens pas si bien qu'elle.

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On cueille des framboises et des groseilles aussi, on va dans un grand jardin où on peut cueillir au lieu d'acheter bêtement, elle cueille, elle mange, elle mange, elle cueille, elle mange, elle mange, elle mange. Toujours très soigneusement, c'est pas une enfant barbouillée, pendant que je me mets du jus de groseilles partout sur mon pantalon blanc, elle reste impeccable. Léa est soigneuse, un chouia maniaque. Quand je cherche mes clefs partout en rouspétant, elle me conseille : "il faut les mettre toujours au même endroit et bien ranger comme ma maman, elle ne perd jamais rien ma maman". Oui ben eh !

Avec Léa j'ai 5 ans et demi, avec Léa à la prochaine rentrée, j'apprendrai à lire, avec Léa je fréquente les fées, les lutins, les monstres aux dents rouges. Personne n'a le droit de toucher à Léa. Pas même une chaise en plastique de jardin. Imaginez ! Léa, peinarde dehors, d'un coup se fait agresser sauvagement par une de ces chaises blanches toutes moches, l_adedicacessen01qui la griffe au mollet ! Qu'est-ce que je fais, moi ? Hein ? Je gronde, je deviens toute rouge, je m'exclame : "montre moi qui t'a fait ça !". Elle désigne la coupable en reniflant. Je fonce sur la méchante, l'engueule, la tape et comme décidément elle ne veut pas s'excuser, hop je la lance à travers le jardin. Elle se pète une jambe, bien fait ! Léa est épatée…. Elle réfléchit un instant et m'avoue qu'à son école il y a une fille qui fait rien qu'à l'embêter. On se sourit, assassines, on s'est comprises, la copine ne sait pas qu'elle a un contrat sur la tête, Léa doit l'imaginer déjà, volant sur un tas de compost. Avec Léa, des fois, aussi, on regarde les nuages en forme de chiens, de grands-pères, de savates, de pipes, de bateaux ou de poisson-qui-fait-des-cabrioles et quand on en a assez on invente des gâteaux. Parfumés et tendres, délicats. Tout comme elle.

Oui, Léa c'est bien ma meilleure petite copine.

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jeudi 7 juin 2007

[ Rue principale, midi, poussière, le vent du désert souffle un air d'harmonica, Grand Chef/Dedicacessen : le défi ]..........

ou : # Ce soir j'attends madeleines #

madeleines___bosses_2

J'en avais jamais fait. Des madeleines. Or, depuis quelques semaines maintenant, je suis avec bonheur et jubilation l'épopée de Grand Chef (A La Bonne Vôtre) et de ces petits gâteaux qu'il ne parvient pas à dompter, et dont il continue, inlassable et vaillant, à traquer le secret. Hier, il a essayé une recette soi-disant inratable, et l'a.... ratée... piteusement. Mais alors... euh... je veux dire... Il fait pas les choses à moitié, hein. Bref. Ni à bosses ni pas à bosses, ses madeleines étaient... comment dire ? attachantes !

Du coup, je me suis dit que je pouvais pas le laisser ainsi. Non. Certes, il veut trouver la méthode pour faire des bosses sans utiliser le frigo. Certes. Mais, comme je suis une fille organisée (le premier qui rit me fait beaucoup de peine, beaucoup...), j'ai décidé de suivre tout de même les conseils des pros : j'ai tapé "madeleines à bosses" dans google et suis tombée sur le site d'Ester. Hop, c'était décidé j'allais faire sa recette au poil près (sauf les temps de cuisson que j'ai réduits un chouia, 2 mn puis 1 pour la deuxième phase). Ce matin, j'ai cuit ma première fournée, avec la pâte qui avait reposé au réfrigérateur toute la nuit. Pas mal (et un délice !).

madeleines___bosses

Mais je ne me suis pas arrêtée là. Conseillée par mes potos de chez Chef Simon qui ne me prennent pas tous pour une vilaine contestaire harpie et empêcheuse de tourner en rond (pas tous, hein ?), j'ai testé aussi un "tant pour tant" (comprenez le même poids d'œufs -2-, de farine, de sucre et de beurre) tout simple qui semble bien être la base de la VRAIE madeleine, que j'ai choisi d'enfourner, malgré leurs recommandations, sans aucun temps de repos de la pâte (fini les RTT, la pâte ! fini l'assistanat, la pâte ! va falloir se lever tôt et faire son boulot de (bonne) pâte maintenant ! terminé les pâtes qui ronflent au frais pendant que d'autres s'échinent à prendre l'avion, à géhuiter, à peopliser, à promettre, à s'agiter). Verdict ? Petit renflement mais point de la belle bosse !

madeleinessansbosses

Mais, dès aujourd'hui, je m'y engage auprès de grand Chef et de sa descendance jusqu'à la soixante-dix-neuvième génération : je trouverai. Tadaaaaa... (là, vous imaginez le fond coucher de soleil et la poignée de terre que je brandis à la face des Dieux ingrats, contre le ciel rougeoyant, en ombre chinoise… entracte) : je trouverai le secret pour faire des madeleines à bosses à l'ancienne, sans l'aide de diaboliques engins modernes genre frigos… dussé-je y consacrer ma vie ! Et quand nous l'aurons trouvée, capturée, notre madeleine blanche à bosse, tels des capitaines Achab enfin récompensés, nous festoierons rudement sur ses restes vaincus... Surtout moi. Hop.

En attendant... puisque non content de m'avoir communiqué la madeleinnite aiguë, de me faire rire seule devant mon ordi (ce qui est presque pire), Grand Chef m'a incitée à me lancer dans le cinéma (faut dire que j'ai le physique pour...) j'ai repris un de ses liens.... et ne m'en lasse pas (palme d'or, prix du jury). Je vous le conseille à mon tour : CLIC.

madeleinescomparatif
comparatif...

Dans le prochain épisode, vous verrez :

  • ce que ça donne quand on laisse reposer la pâte sans la mettre au frigo

  • ce que ça donne quand on laisse pas reposer la pâte et qu'on pratique un rituel vaudou

  • ce que ça donne quand on passe aux macarons

  • ou à la poule au pot...

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mercredi 6 juin 2007

<<<<< Sur votre gauche

Nouveauté, deux sommaires dans la colonne de gauche (juste en-dessous des catégories) :

> un pour [les histoires],
> un pour # les recettes #.

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lundi 4 juin 2007

# La sombre forêt #

Pour Alice, pour les petites filles qui deviennent grandes et les grandes qui ne cessent d'être des enfants, pour la gourmandise et le doigt trempé dedans, pour le réconfort… La sombre forêt… Schwartz Wald….. où pullulent les capuches rouges des petites filles téméraires.

foretnoire10

Celle des photos était une forêt noire immense faite pour l'anniversaire de mon frère, dont c'est le gâteau préféré ; une forêt pour promenade en famille d'ogres très nombreuse (29X26 cm – 3 plaques à pâtisserie de four, montage en cadre rectangulaire, 1,5 litre de crème, deux bocaux de cerises). Voilà les proportions pour un gâteau moins démesuré, pour 8 personnes.

> Ingrédients

> Le gâteau :
6 œufs
3 CS d'huile
110 g de sucre en poudre
190 grammes de farine
4 CS d'eau très chaude
3 CS de chocolat en poudre
1 paquet de levure
1 pincée de sel

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> la chantilly au chocolat
330 grammes de crème fleurette
100 grammes de chocolat
1 sachet de Kremfix
50 grammes de sucre en poudre
> la chantilly
700 grammes de crème liquide
2 sachets de Fixe Chantilly de Vahiné (rayon pâtisserie des supermarchés)
100 grammes de sucre en poudre
> Les cerises :
un bocal de bigarreaux au sirop
kirsch non fantaisie, au moins titré à 45°

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> On en fait quoi ?

La veille :

> Les cerises :

On ouvre le bocal. On a de la poigne, on est beau, on est fort.
On met les cerises et leur sirop dans un saladier avec un tas de kirsch. On colle au frais.
> Le biscuit :
On préchauffe le four à 180 °.
On mélange les jaunes d'œufs, la pincée de sel, l'huile, l'eau très chaude et 60 grammes de sucre au batteur pendant 5 mn.
On bat les œufs en neige très ferme, on y ajoute 50 grammes de sucre en une seule fois, pour les "serrer".
On tamise la farine, la levure et le chocolat en poudre. On ajoute ces poudres au mélange à base de jaunes d'œufs. Quand le tout est bien homogène, on incorpore un quart, voire un tiers des blancs en neige, sans ménagement, pour "détendre" la pâte qui est très compacte. Quand c'est fait, on ajoute les reste des blancs en neige très délicatement, en soulevant, à la spatule ou à l'écumoire.
On beurre un moule à manqué et on enfourne pour environ 35 mn. La lame d'un couteau doit ressortir sèche.
On démoule lorsque le biscuit est bien froid.
> La chantilly au chocolat
On fait bouillir 110 grammes de crème fleurette
On coupe le chocolat en petits morceaux dans un saladier.
Quand la crème est chaude, on la verse sur le chocolat. On mélange bien, en dehors du feu, jusqu'à ce que tout le chocolat soit fondu. On incorpore ensuite les 220 grammes de crème restante, froide et on colle tout ça au frais.

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Le jour-même

> Les cerises :
On les égoutte, on réserve le jus
> Le gâteau :
On le coupe en trois. Sans s'énerver, avé un grand couteau fin.
> La chantilly au chocolat :
On reprend son saladier de la veille. On monte la crème au batteur pendant deux minutes, sans cesser de battre, on incorpore le Fixe Chantilly et le sucre, on continue de battre jusqu'à la consistance souhaitée, c'est très rapide.
> La crème chantilly :
Même procédé que ci-dessus.
> Le montage :
Un premier disque de gâteau
On le mouille avec le jus des cerises additionné du kirsch
On recouvre d'une bonne couche de chantilly blanche
On enfonce délicatement quelques cerises
On recouvre avec le deuxième disque de gâteau
On imbibe
On recouvre avec la chantilly au chocolat
Cerises
Troisième disque
On imbibe
On recouvre de chantilly

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Tout ça peut bien évidemment se faire en cercle (on démoulera alors après un petit coup de sèche-cheveux). On bloque au froid pendant une paire d'heures. Et on prépare ses décos en chocolat. Je ferai un jour un billet plus détaillé sur les décos… parce que je l'ai promis à Raymonde, la lectrice fantôme qui me manque un chouia. Y aura les gâteaux vitraux, les tuiles de caramel, les copeaux de chocolat, les feuilles. En attendant, vous pouvez consulter ceux qui m'ont inspirée cette fois : les blogs de Mercotte, et d'amuses-bouche, j'en oublie et des pas mal non plus, et bien sûr, le fabulous site of Chef Simon.

Là, j'avais choisi le travail au Rhodoïd (papier plastique transparent), qui est de loin celui que je trouve le plus simple. En résumé, on taille des morceaux de transparent des dimensions que l'on souhaite, on y étale (côté le plus brillant) au pinceau son chocolat noir tempéré, on laisse prendre une bonne dizaine de minutes, on colle sur le pourtour du gâteau, on laisse au frais une heure au moins et on enlève délicatement le plastique. Pour les arbres sombres, les lames de chocolat, même principe, en plus simple : on prend deux feuilles de transparent, on les badigeonne de chocolat transparent. On laisse prendre complètement, on met au frais pour faciliter le travail, puis on découpe, on brise, on décolle. Voilà. Enfin, on répartit le reste des petites capuches rouges et on fait tomber la neige, il ne viendra pas ce soir.

(J'imagine qu'on peut même utiliser des crèmes allégées pour les chantilly étant donné que le Fixe Chantilly de chez vahiné est à base d'algues -comme l'agar agar- qui servent d'épaississant et de stabilisateur. En tout cas, j'adore la texture que ça donne, très très mousseuse.)

Posté par A_Lenverre à 19:19 - Desserts - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

[A l'orée du bois noir]..........

Maman,

Je pars. Un insecte sombre entre ma peau et ma chair, tisse une toile hérissée de fils électriques ; C'est le loup qui s'est logé à mon envers, un grillon tatoué, infernale sirène. Maman, laisse-moi maintenant au vacarme du vent hisser mon grand voile rouge d'enfant échappée. Il fallait bien que ça arrive. La maison est trop petite, je touche le toit, j'y cogne ma tête. Il faut que je me mette en route et entre dans la sombre forêt.

J'ai à porter un fardeau, des cendres comme du plomb, je cheminerai. Tu me l'as appris : inoubliable et fugitif, chacun avance, son sac lourd sur le ventre, affamé et solitaire dans la grande nuit des temps, je ne peux m'entendre ni m'étendre, la douceur est une illusion, une brise qui ne pénètre pas le brouillard. Il faudra avancer toujours à la lueur déclinante des torches que chacun brandit. La lumière a forme de croix, de bateau, de pièce d'or, de coeur palpitant, de femme nue dans les mains qui se tendent devant les pas. La mienne, à quoi ressemblera-t-elle, vacillant ferme entre les arbres, quel visage au ciel ? Personne ne songe à toucher la flamme, on la suit en trébuchant, on ne sait plus l'horizon, les ténèbres sont les limites et l'espace, l'air respiré. Depuis les futaies, des hommes disent des poèmes qui me sont déjà parvenus, ont griffé ma peau, l'ont tatouée, des seins jusqu'aux chevilles. Hier j'ai cru voir le jour se lever, j'ai eu 6 ans et des dimanches à courir ; ou peut-être était-ce demain et avais-je cent ans, tant de fois la brume a tout recouvert que ma mémoire a fini par s'effilocher, aux temps répandue, au premier futur venu offerte. Cheveux d'ange, barbe à papa, si je la rassemble et la tète sur ma langue, elle fond trop vite, avalée dans le puits grouillant de mon corps.

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J'entendrai autour de moi dans la procession, les cris des chiens, les larmes et les rires des humains qui m'entoureront, me devanceront, toi maman, ou me suivront sans me savoir. Entrevus et chéris, perdus. Des phrases inutiles éclateront l'oreille sans éclairer les ornières, des pétards de 14 juillet : "je ferais bien d'aller chez le coiffeur - je te fais des crêpes - Ne rentre pas trop tard - Fais attention - Tu vas me tuer - Je t'aime - Elle te fera verser des larmes de sang - bonne nuit fais de beaux rêves - ne le répète surtout pas - tu m'en diras des nouvelles - tu me saoules - quand je partirai - je te l'avais bien dit".

Le vacarme des combats rythmera le défilé, en repère, j'entendrai le sang couler, je suivrai son cours comme celui d'un ruisseau où l'on se désaltérera tous. La violence brillera au ciel, lune au-dessus du cortège, pénétrant chaque endolori de sa grimace blafarde. Et puis.

Demain je mettrai ma main dans la sienne, la boue à mes souliers ne collera plus, je verrai les buissons des talus, et les fleurs dans les buissons des talus, au phare de ses yeux clos, m'apparaîtront. Déjà il marche dans la sombre forêt et m'y appelle.

Maman, je pars.

Posté par A_Lenverre à 18:59 - Toute une histoire - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 29 mai 2007

# Petits pois, estragon, citronnelle et pamplemousse #

Une recette pour toutes les princesses qui feraient mieux de rester sous l'orage que de s'abriter en des forteresses faites de miroirs.
Et pour les autres, tous les autres. Parce que cette recette est tout simplement… à soupirer de bonheur pour qui aime, comme moi, et les petits pois, et les pamplemousses. Trouvée chez Alain Passard (ici),je l'ai adaptée à mes envies et à mon frigo. En lieu et place du gingembre préconisé, j'ai préféré de la citronnelle et plutôt que de coriandre dont c'est pourtant la grande mode, j'ai accompagné d'estragon. C'est un de mes plus forts coups de cœur culinaires de ces derniers mois : le petit pois al-dente, à la saveur de jeune noisette sur l'arbre, soulignée par le sucre acidulé du pamplemousse et le parfum discret de lemon grass, s'accordait parfaitement à l'arôme de cette herbe, à son goût de garrigue très finement anisé. Quelques grains de fleur de sel au moment du service… Rien que d'en parler… J'ai les papilles qui larmoient : "encore !". Même si la recette reste très gourmande, j'ai revu légèrement à la baisse la dose de beurre.

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Pour 4 personnes

> Ingrédients
600 g de petits pois écossés
2 échalotes
1 tige de citronnelle (on peut dire lemon grass, ça fait bien, voir démo plus haut)
1 pamplemousse rose
1 douzaine de branches d'estragon frais
70 grammes de beurre salé
70 grammes de beurre doux
3/4 d'un verre à moutarde d'eau
Fleur de sel

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> On en fait quoi ?
1 -
Ecosser les petits pois. Comme je suis une fana des petits pois (comment ça, je l'ai déjà dit ???) je les blanchis trois ou quatre minutes dans de l'eau salée, les rafraîchis immédiatement dans de l'eau glacée pour leur garder leur couleur et supprime les peaux des plus gros qui ne demandent qu'à se sauver. Mais la recette originale n'en exige pas tant.
2 - Peler le pamplemousse à vif et lever les suprêmes que l'on coupe en deux ou trois. Réserver au frais.
3 - Emincer les échalotes (ou un demi-oignon ou, comme dans la recette d'Alain Passard, les 4 oignons nouveaux). Bien regarder son bâton de citronnelle droit dans les yeux. La base est enflée comme un petit sac, on élimine un ou deux mm de ce pied, pas plus, on garde le reste de cette partie très charnue, jusqu'au milieu de la tige environ, ça en fait à peu près... 3 à 4 cm. (on peut garder le haut, le bâton pour en faire des brochettes, de crevettes notamment) on l'émince le plus finement possible, on peut lui redonner un petit coup de berceuse (hachoir à main) si l'on est dans une phase un peu maniaco-pointilleuse.
4 - Dans un grand sautoir et dans 70 grammes de beurre salé, faire suer les oignons et la citronnelle et ajouter les petits pois. Mélanger doucement et verser de l'eau à hauteur des ingrédients. Poursuivre la cuisson dans l'eau frémissante jusqu'à ce que les petits pois soient "al dente", les égoutter. (les petits pois étant blanchis, ça ne demande pas plus de 6 ou 7 minutes à feu très doux –10 mn sans ça ; jamais de bouillon pour ne pas friper et durcir le légume).
5 - Faire fondre le beurre doux avec verre à moutarde d'eau dans une casserole puis mixer afin d'obtenir une émulsion. Verser cette émulsion sur l'estragon effeuillé dans un bol, mixer le tout et passer au chinois. (Je pense qu'on améliorerait l'émulsion en chauffant d'abord l'eau, en la mettant sur le bouquet, en mixant, filtrant, PUIS en faisant fondre le beurre dedans sur le feu et en émulsionnant en toute fin).

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6 - Corriger l'assaisonnement si besoin. Couper les quartiers de pamplemousse et les mélanger délicatement avec les petits pois ; entourer de sauce à l'estragon et parsemer de fleur de sel. Se taire, sentir, goûter, dévorer, se resservir et soupirer en pensant aux princesses au petit poids dont on ne sera décidément jamais.

Posté par A_Lenverre à 18:15 - Légumes - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 28 mai 2007

[La princesse au petit poi-d-s]..........

Il était une fois un prince qui allait devenir roi dès qu'il prendrait femme. Il avait déjà un certain âge, qu'il camouflait de plus en plus mal sous ses lunettes noires et le peuple s'impatientait ; s'impatientait et jasait. En effet, dans tout le royaume, on disait que le prince aurait préféré épouser un berger qu'une princesse. Ses parents, afin de faire cesser l'insoutenable rumeur, lui avaient mis le marché en main : le royaume contre un mariage.

Le prince devait donc se résoudre au plus vite à épouser… une femme ! Il y avait mis une condition irréductible : il fallait que la fiancée soit trrrrrrrrrrès mince, avec dix "r" et pas un de moins. Il s'imaginait déjà la promenant, fine silhouette en parenthèse, dans toutes les rues de la ville dont il serait le roi, comme un accessoire du dernier chic, terrrrrrrrrriblement élégant. Déjà, cédant à son hobby favori, il avait dessiné pour elle la plus belle des couronnes en papier mâché ainsi qu'une robe de mariée en plumes de héron cendré ce qui n'est pas très gai mais follement original, on en conviendra. Il fit le tour de la terre pour trouver une fiancée et il y avait toujours quelque chose qui clochait ; des filles au petit poids, il n'en manquait pas, mais étaient-elles de vraies maigres ? C'était difficile à apprécier tant qu'elles restèrent habillées mais toujours une chose ou l'autre ne lui semblait pas parfaite. Parfois, c'étaient les fesses qui étaient un peu trop charnues, d'autres fois la poitrine était par trop méditerranéenne. Il avait des haut-le-cœur quand il calculait, toise et balance à l'appui, leur Indice de Masse Corporelle.

Il était un si bon parti qu'il n'eut qu'à le décider pour que toutes les jeunes filles des pays traversés se mettent à marcher nues devant lui afin de gagner du temps et qu'il n'eût plus de fâcheuses déconvenues. Les plus minces affluaient de toutes les provinces des territoires traversés : des princesses diaphanes, des ingénues légères comme des souffles, des paysannes semblables à de jeunes rameaux. On devinait quelquefois leurs os de verre sous la peau frissonnante mais le prince trouvait que ce n'était pas encore assez. Parfois, près de céder devant une fille trrrrrrrrrès mince avec neuf "r" seulement, il sortait de la poche de son cardigan de soie sauvage violine le dessin de la robe de mariée… et il renonçait car aucune n'aurait su porter cette arachnéenne architecture sans la marquer d'un déhanchement ou d'une inspiration. Oh… parfois, dans les campagnes, il croisait bien de ces très jeunes filles toutes poussées en longueur, en jambes et bras, que les formes de la puberté n'avaient pas encore saisies mais il détournait le regard : le peuple n'aurait pas aimé qu'il épouse une enfant. Le peuple a parfois de drôles de préjugés, regrettait-il en soupirant. Il rentra chez lui tout dépité, presque sincèrement triste.

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Un soir par un temps affreux, éclairs et tonnerre, cascades de pluie que c'en était effrayant, on frappa à la porte de la ville et le vieux roi lui-même alla ouvrir.

C'était une très jeune princesse, et bien maigre encore, qui était là, dehors. Mais grands dieux ! de quoi avait-elle l'air dans cette pluie, par ce temps ! L'eau coulait de ses cheveux et de ses vêtements, entrait par la pointe de ses chaussures et ressortait par le talon ... c'était pitié. Mais les vêtements mouillés collaient à un corps qui paraissait si mince que le roi s'empressa de la ramener au château. Là, le prince abattu consentit tout de même à lever les yeux de ses travaux d'aiguille et il vit qu'elle semblait trrrrrrrrrrès mince avec dix "r" et pas un de moins ! Son corsage n'était pas plus déformé que la tunique d'un jeune page et le tissu de la jupe semblait tomber droit, en un interminable et  étroit chemin de la taille aux chevilles, sans détours grossiers. Le roi et la reine, constatant avec bonheur l'intérêt de leur fils pour la princesse, offrirent l'hospitalité à cette dernière et l'invitèrent à se restaurer après s'être séchée et changée. Mais celle-ci, d'une voix délicate, refusa le plus poliment du monde d'avaler autre chose que deux verres d'eau et une cuillère à café de fromage blanc à 0% de matière grasse. Le prince se décida à envisager de faire mine de tomber amoureux. Encore fallait-il qu'il soit tout à fait sûr, avant de s'adonner aux joies du mariage et du pouvoir, de la maigreur de l'heureuse élue. Il ne pouvait décemment lui demander en ces lieux ni son poids ni sa taille et encore moins de défiler nue, la situation était particulière.

- Nous allons bien voir ça, pensait la vieille reine, mais elle ne dit rien. Elle alla dans la chambre à coucher, retira le drap qui couvrait le matelas, mit en plein milieu de la couche un petit pois trop cuit et refit le lit ; C'est là-dessus que la princesse devrait coucher cette nuit-là.

Au matin, pendant que la jeune fille faisait sa toilette, la reine alla vérifier sous le drap. Le petit pois trop cuit était toujours là, intact, parfaitement rond. Elle le prit délicatement dans sa vieille main et alla le montrer à son prince de fils. Alors il reconnut que c'était une vraie maigre puisque à travers un tissu si mince, elle n'avait pu écraser un petit pois trop cuit.

Le prince la prit donc pour femme, sûr maintenant d'avoir une vraie maigre. La robe de mariée en plumes de héron cendré fut splendide bien qu'un peu triste, on l'a déjà dit. Sous la couronne en papier mâché, on ne voyait qu'elle qui glissait telle un suaire suprêmement distingué sur les marches de l'église puis au bal qui suivit. La robe n'eut évidemment pas la vulgarité de s'asseoir à table (pas même pour le plat de petits pois aux pamplemousses !), et virevolta toute la soirée sur la piste de danse. Même lorsqu'elle tomba en un petit tas sur le parquet, en faisant aussi peu de bruit qu'en eut fait l'aile arrachée d'une libellule, on trouva ça très gracieux ; on aurait dit un oiseau enivré d'air qui, sur une révérence, se couchait pour la nuit. Elle eut un succès fou et des tas de femmes du royaume commandèrent la même au nouveau roi... sans jamais oser la porter tant elles étaient grrrrrrrrrrotesques avec dix "r" et pas un de moins, dedans.

Fin.

Conte librement inspiré de "La princesse au petit pois" de Hans Christian Andersen

Posté par A_Lenverre à 22:41 - Toute une histoire - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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