jeudi 15 novembre 2007
Le kiki qui rend fou et la cancoillotte qui s'la pète au vin jaune
Il y en a eu des essais. Comté, Mont d'Or, Morbier, tous les fromages comtois y étaient passés, assortis de cumin, piment, ras el hanout, noix, bref… Et puis d'un coup d'un seul, vers trois heures du matin, une nuit froi
de et presque neigeuse, alors que le vent mugissait dans les sapins penchés sur le toit de notre chaumière, une illumination en même temps qu'un remords, m'empêcha de poursuivre ma nuit : j'avais oublié la cancoillotte ! Je serais maudite jusqu'à la 113ème génération de franc-comtoises si je ne réparais cet oubli dans l'heure, sur le champ, immédiatement. Ni une ni deux, pas besoin de faire les courses (à trois heures du matin par une nuit sans lune, c'est plutôt tant mieux), un réfrigérateur franc-comtois digne de ce nom comporte toujours au moins un pot de "cancoi". Comment ? pardon ? quoi ?!!! Vous ne connaissez pas la cancoillotte ? C'est y pas dieu possible ! Pauvre de vous. Je tente une description, vous pouvez pas rester si ignorants. La cancoi… c'est… grand. Et dégoulinant. Beaucoup. Ça colle aussi. Quand j'étais petite, j'aimais bien enlever la peau que ça faisait sur les doigts. Ah oui, parce que c'est comme la confiture, ça dégouline, à travers les trous du pain, sur les mains. Quoi "beuark" ? Bande de chochottes, va.
On peut la faire soi-même. On prend un petit tas de metton au rayon fromage (mais si !!! du met-ton ! à côté des pots de cancoi !) rhalalalalalala… bon… Le metton c'est… du fromage caillé débarrassé de son petit lait et pressé puis affiné. Encore une grimace de dégoût et j'arrête, j'vous préviens ! Poursuivons. Vous mélangez le metton avec de l'eau, vous touillez sur feu doux jusqu'à ce que ça fonde, vous assaisonnez, vous ajoutez du beurre, de l'ail, du vin, c'que vous voulez, vous laissez bouillir un ptit chouia et puis hop, c'est prêt. Vous renversez tout ça dans des bols, vous appelez la famille émue autour du festin, vous n'avez pas négligé de couper de petits cubes de pain que vous plongerez dans le fromage encore chaud. Mais bon, vous n'êtes pas obligés d'être si téméraires… vous pouvez l'acheter toute faite. Y en a des pas mauvaises du tout.
Faut savoir aussi, les ptites dames que je vois froncer du nez (oui, ça pue sec quand ça chauffe, la cancoi) que ça coûtera rien à vos jolies cuisses galbées et à vos fesses menues. La cancoillotte c'est entre 5 et 15 % de matière grasse. Une paille ! Et c'est goûtu ! Laissez donc tomber vos babybels allégés, vos vache-qui-rit light, vos fadeurs tristes et goûtez-moi ça. Vous la préférerez peut-être sur quelques patates au four, chauffée légèrement. Ou, si vous êtes audacieux, en tartine trempée dans le café au lait (dans ce dernier cas, vérifiez d'urgence votre arbre généalogique, il est impossible que vous n'y dégotiez pas un comtois, regardez bien derrière le feuillage). 
De toute façon, la cancoillotte, soit tu deviens accro, soit tu détestes. C'est ce que je disais à ma petite correspondante des sucreries de bulle à l'occasion de l'envoi du blogcolis. Elle a choisi très prudemment de détester. Mais ! Mais sa sœur, qui a certainement une âme d'aventurière, a choisi d'aimer et je la soupçonne désormais d'errer dans les rues de la capitale, complètement en manque, capable du pire (agression de petites vieilles, inscription à la starac, mendicité mensongère…) pour récupérer de quoi se payer le voyage jusqu'ici. Pour conclure sur le sujet, sachez que la cancoi a même une chanson et des vertus peu connues. Je vous conseille vivement d'écouter la première pour connaître les secondes ; suffit de cliquer sur le petit lecteur audio en exergue de ce billet...
On en était où ? ah oui ! Il est trois heures du matin, la maison ronflotte gentiment dans la froidure, le vent mugit je vous le rappelle. On va se lever et faire LE soufflé du siècle, à la cancoillotte, tadataaaa !… Oh… et puis non. Depuis le temps qu'on cogite, on a récupéré de son émotion et on a bien envie de roupiller un tantinet. Ça attendra demain.
Le lendemain donc, direction la cuisine où sèchent difficilement les traces du dernier essai sur la faïence au mur, et refaisage de la recette de l'autre sadique insensée qui nous a lancé le défi du soufflé pour le kiki ! Je la nomme, cette innommable ou vous la rec
onnûtes ? Marion zonzon, oui, c'est bien elle. Je me demande combien de fois les bloggeurs l'ont maudite depuis son heureuse idée. Parce que bon, le soufflé, c'est sympa… trouver un soufflé au fromage un peu marrant, un peu original mais pas trop c'est pas trop sorcier… Ça demande déjà un peu de boulot et quelques tâtonnements mais on s'en sort. Perso, j'ai été plutôt déçue par mon soufflé au Mont d'or par exemple. Alors que c'est mon fromage préféré, j'ai trouvé qu'il perdait beaucoup de sa finesse dans la préparation. Si on en restait là, on pourrait toutefois s'en remettre. Mais non… pour la ptiote Marion, faut une photo du soufflé !
Et c'est là qu'on se marre. Je me marre encore... Si, si, regardez comme je me marre, les dents bien bien serrées. Comment ? la lueur assassine dans l'œil ? C'est rien, c'est rien, ça doit être la lumière. Pourquoi j'aurais une lueur assassine dans l'œil ? Je vous le demande ! Parce que j'ai failli mourir brûlée au soixantième degré pour prendre une photo valable ? Parce que j'ai presque perdu une carte mémoire dans une béchamel ? Parce que si rapide que je sois, je ne l'étais presque jamais assez (et mon appareil qui n'est pas un réflex, encore moins !!!) pour immortaliser l'œuvre? Parce que je faisais de savantes mises en scène très romantiques avec des roses séchées et nappe blanche, repérais l'endroit du chambranle de porte où je devais m'appuyer pour prendre la photo, traçais des repères sur la nappe, répétais le parc
ours du four à la table, chronométrais presque mes performances, mettais au point l'appareil, pour m'apercevoir, au moment fatidique, après m'être collée la peau sur le moule, avoir écrabouillé trois roses dans la précipitation et la queue du chat qui roupillait inopinément sur le passage, que l'appareil s'était éteint automatiquement et que.. le temps de le rallumer… soupir. Horreur.
J'ai tout sorti des armoires. Même les gobelets en argent des grands soirs, même… Même : Bob l'éponge ! Vous rendez-vous compte ? Bob a transpiré dans mon four pour ce kiki ! Le pire… Le pire… Le pire, c'est que j'aime pas particulièrement les soufflés au fromage. Nan. Mais je suis têtue et quand je me suis mis en tête de relever un défi. Pfffffffffff… Suffit de me dire "chiche". J'ai fini par prendre une ou deux photos correctes. Sans plus. Et par trouver une recette, grâce à l'idée cancoi, qui me convienne, qui ne soit pas trop écœurante. Heureusement, parce que j'étais au bord de la jaunisse.
> La recette ? J'ai pris la base proposée par la folle furieuse que j'aime en me contentant donc de remplacer le fromage par environ 200 grammes de cancoillotte. Aaaaaaaaaattttttttaaaaation ! De la cancoillotte oui, mais de la cancoillotte au vin jaune. Ah oui, j'ai aussi cuit 20 à 25 mn selon les contenants (toujours très soigneusement chemisés, beurre + farine) à 180°, grille du four tout en bas. Pourquoi si lentement ? Parce qu'il faut que TOUT le soufflé soit cuit, pas juste le dessus, l'intérieur ne doit pas être patouilleux, la consistance finale est homogène, mousseuse et aérée. je blurpe les soufflés dont le fond n'est pas cuit (c'est un peu comme les quiches qui sont prises trop vite sur le dessus, dont l'humidité se trouve piègée en dessous de la croûte et détrempe la pâte. Pas plus de 180° là aussi, pour pocher la chose, plus lentement mais plus uniformément).
Résultat ? sympa comme tout. On ne mangera pas de soufflé au fromage avant 10 ou 15 ans, mais quand on le fera, ce sera celui-là.
Comme j'avais pas mal d'images mais qu'elles ne correspondaient pas toujours à l'idée que je m'en étais faite, j'ai donc décidé que le soufflé allait se la péter un max, subir des transformations transssscccanndannnnntalement transformationnelles et s'encadrer comme un grand. Voici une expo de "soufflés d'art" avec un A grand comme la tour Eiffel (au moins) totalement-décalée-tu-voâ-quoâ, pour vous et tous les pingouins à écharpes rayées (avec une space dédicace à Marion, sans rancune).
La petite photo cancoi et celle du vin jaune à la fin du deuxième paragraphe, ainsi que la photo de serial killeuse, ne sont pas "maison" . Tout le reste, si.
Commentaires
Franchement, je voulais m'y atteler, au parmesan et rien d'autre, mais bon, un savant mélange de manque de temps , de maladies infantiles et de flemme, a fait que non.
La première photo est magnifique (oui, la romatique aussi), mais la musique ne marche pas.
Et aussi, on a bien fait d'attendre, dis donc!Grâce à Jean-Michel (merci !!) j'ai pu récupérer les commentaires d'hier ! Cop-coll les voilà :
- il est superbe!! bravo pour ta photo!! biises micky
Posté par mickymath, mercredi 14 novembre 2007 à 22:48
- Merci d'abord pour ce bon mmoment de gaité... le metton, je n'en ai jamais vu (je vais me mettre à chercher).Mais surtout, apès la rigolade, bravo por ton superbe soufflé et ta magnifique photo.
Posté par mamina, mercredi 14 novembre 2007 à 22:54
- un grand moment de poilade
))) mille mercis ! et on ne dirait pas que tu t'es mise dans un état pareil pour la photo, ça doit être ça la grande classe
En plus tu y mets de la cancoillotte dans ton soufflé, tu imagines pas ce que ça me fait dans mes gènes franc comtois que j'ai pas
))) J'aime pas, j'adore
p
Posté par marion, mercredi 14 novembre 2007 à 23:08
- Alors là bravo pour ce billet qui m'a mis dans un état d'hilarité. D'ailleurs je tenais aussi à te dire que je suis Parisienne mais qu'un beau jour dont je ne me souviens pas j'ai goûté pour la première fois de ma vie de la cancoillotte et que depuis c'est une grande histoire d'amour. Très bon idée de l'accommoder en soufflé ! Bises
Posté par PHILO, jeudi 15 novembre 2007 à 08:02
- Chapeau pour le soufflé dans le verre ! Que ce dernier ait survécu au four, je suis baba
P-S : vive la cancoillotte !
Posté par Flo, jeudi 15 novembre 2007 à 10:05
- J'aimais le verre à pieds en argent, mais le platine de Bob m'a éclatée!
Rares sont les tétues à ce point du soufflé fromage, qu'il soit cancoillote ou pas!
OUF! te revoilou!
Posté par tifenn, jeudi 15 novembre 2007 à 13:28
- J'ai envie de bouts de pain trempés dans de la cancoillotte maison bien chaaaaaaude !!! Et pourquoi pas un p'tit soufflé avec ? Pfff... c'est de ta faute tout ça! La cancoillotte, j'en mangerais à la petite cuillère...
En tout cas bravo, car pour passer du gobelet d'argent à Bob l'éponge et en finissant par une exposition de soufflés d'art! Waouh !
Contente de te retrouver en forme !
Posté par Charline, jeudi 15 novembre 2007 à 19:47Vu le régal qu'est ce billet, je ne t'en veux pas pour l'absence de la nappe blanche et des roses séchées. Je suis un fan absolu de la cancoillote, que j'ai découverte bien entendu à B'sançon, je n'y passe pas sanas ramener quelque pots du marché lorsque j'y passe, mes favorites sont ail et vin jaune.
Je suis frustré par ce kiki, comment veux-tu que je mette un soufflé au fromage sur CdM? Par ailleurs, c'est ma femme qui les fait à la maison (les soufflés, pas les soufflets), elle voit toujours d'un mauvais oeil que je m'aventure sur son terrain!KKVKVK 44
Bonjour!
Je viens de lancer l'édition 44 du KKVKVK sur les thèmes "Salade" et Volaille (http://hasardencuisine.free.fr/?p=386), n'hésite pas à aller y jeter un oeil et à participer si tu es inspirée!
Pauline
















Je suis envieuse de toutes ces bloggeuses qui réussissent les soufflés... le mien est cruellement raplapla !