DEDICACESSEN

Blog de cuisine et de petites histoire ; Le principe ? Tout un plat, toute une histoire... Quand l'inspiration est là, la recette est dédiée à un personnage de mes paysages réels ou rêvés : Vouivre, Hopper, San Antonio, André Breton, Maroc, Italie, enfanc

mardi 28 août 2007

[Les bettes de la sorcière]..........

Le Blog est un petit animal fragile qui demande des soins réguliers. La sorcière s'en rendait compte en constatant l'état du sien, Dedicacessen, quasi-moribond en cette fin d'août. L'été ne lui avait rien valu et les pérégrinations à dos de balai arthritique de sa propriétaire non plus. Pourtant tout jeune, il sentait le renfermé, moisissait certainement, s'alanguissait, s'amenuisait, s'estompait lentement du paysage et seuls les fidèles parmi les fidèles venaient encore le sorci_re02veiller un peu, gentils et patients, tandis qu'il se laissait aller à une torpeur morbide, privé des soins de la sorcière. Cette dernière leur était bien reconnaissante (autant que peut l'être une créature de son acabit) de se préoccuper encore du petit animal qu'elle avait aimé mais elle doutait qu'ils soient assez tenaces et amicaux pour continuer leurs visites bien longtemps.  Elle comprenait que le spectacle soit peu divertissant et même, que ces soubresauts capricieux sans jamais de dernier souffle ou de résurrection complète, soit lassants. Elle tendit la main pour tapoter l'animal. Il rouspéta un peu, lui tourna le dos en soupirant. Il portait cette fois bien son nom, "blog", comme un borborygme à peine étouffé par un crapaud ulcéré. En s'endormant, fébrile, il coassait une litanie comme un sanglot :

- blog… des caresses, blog blog pourquoi voulait-elle raconter des his- blog -toires… à dormir deblog. Juste des recettes blog, de la cuisine, ça aurait été aussi bien et puis blog blog blog blog blog, me laisser si longtemps sans soin, blog, l'enfoirée ne jamais offrir un verre aux visiteur, blog blog bloague… sauvage blog comment veut-elle ? des caresses, blog il me faut plus de commentaires, blog blog blog, blog ! je ne pourrai pas tenir jusqu'à la Tous- tousse tousse, cette toux sent le sapin, -saint, j'ai soif, si soif bl. fffffOg. Ogue.

La sorcière était bien contrariée. Ses copines de chaudrons n'allaient pas toutes la plaindre, certaines mêmes lui siffleraient qu'elle l'avait bien cherché. Quant à deux ou trois gnomes défroqués de derrière les gazinières, il était à parier qu'il ouvriraient leur porte-monnaie rancis pour fêter dignement l'enterrement de la bestiole verbeuse à coup de liqueurs frelatées. Trêve de défaitisme, il ne fallait pas leur donner cette joie ! Elle allait mettre le blog en soins intensifs. Elle lui murmura :

- Dedicacessen mon tout petit, je vais convoquer tout ce que je connais chez les vivants et les morts, chez les lapins géants, les chats renégats, les licornes argentées, les chanteurs, les plumitifs, les danseuses nues, les insectes, les repris de justice, les révolutionnaires, les peintres maudits, les hédonistes, les mal baisés, les mal baisants, les mal tout court, les tout-va-bien aussi, les cueilleurs d'histoires, les mangeurs de rêves, les serpents à sornettes, les sorcières à trottinette, les profs de techno, les sportifs légendaires, les illuminés, les poètes nomades, les hiboux tout roux, les amis d'enfance, les rencontres trop tardives, les monstres des lacs et leurs rivages où clapotent des barques, les escargots aux feuilles mortes, les automnes et les printemps, le Père Noël tapant la belote avec Nessie derrière le Prisu, le bon dieu et la mer qui s'ouvre, les araignées du soir espoir, celles au plafond zonzon, les animateurs radio, les dessinateurs, les îles de l'Atlantique, les puits profonds, les terriers et les amoureux secrets… tous viendront. Ils te caresseront la tempe, ils illumineront  la falaise et des bateaux plein de gens ayant tous au moins dix doigts viendront s'échouer à tes pieds. Et tous ces dix doigts multipliés par autant de naufragés que peuvent en contenir toutes les mers du monde, te caresseront, t'étrilleront, te ramèneront. Je ferai des gâteaux plein de beurre et de sucre, je dirai qu'ils sont bretons, j'imaginerai des alliances, je ferai des goûters de fée obèse, cuisinerai des petits enfants aux champignons, pêcherai des kikis que tu dévoreras tout crus, répondrai aux questions les plus indiscrètes, danserai le quadrille et distribuerai gratuitement de la soupe aux yeux de flamants roses, mais reste un peu, l'animal !
- Blog blog, folle à lier
- On verra bien, qui est fou, stupide bête !
- C'est tout blog vusorci_re03
- Tais-toi maintenant ! Economise tes forces ou tu vas claboter dans la minute. Je vais de ce pas dans la réserve, voir ce que je peux mijoter pour te nourrir.

Sitôt dit, sitôt fait. Mais voilà, dans la réserve point de pistil de rouge-gorge au zan, de fève toquée, de thé manchot, pas le plus petit soupçon d'ombre d'essence de coquelicot confit ou de moutarde de mangue au pistou de persil. Pas même une malheureuse fiole de bave de reinette à l'échalote pourpre. Décidément pas à la page, la sorcière. Non, en lieu et place de ces denrées précieuses, un énorme et prosaïque bouquet de côtes de bettes, une motte de beurre, un litre d'huile de noix, un petit tas de curry et une boîte d'œufs bio fermiers ; elle finit par dénicher derrière la dernière étagère, deux paquets de farine, un sachet de graines de sésame, un morceau de comté à moitié rongé par les souris, un talon de jambon  et une bolée de crème fraîche. La sorcière s'assit par terre, sur sa longue traîne en toile de mygale et soupira, prise de découragement. Des côtes de bettes… En voilà quelque chose d'inattendu… ! Elle étouffa un sanglot, elle aimait bien ça étouffer les sanglots ; et les poussins… mais pas de poussin dans cette histoire, juste des côtes de bette puisqu'il faut sans cesse tout vous rappeler ! Elle ouvrit ses grimoires, compulsa, réfléchit, s'endormit, ne rêva pas, se réveilla bougonne. Elle jeta un coup d'œil à son animal. Il semblait survivre, mais avait encore pâli. Allons ! Il ne serait pas dit qu'elle n'aurait pas tout tenté pour le sauver. Après tout, réussir un plat avec si peu d'ingrédients et de si modestes pourrait être un défi divertissant dans un monde où tout était subtilité et délicatesse, cuisine de fleurs et arômes de rosées. Elle se mit donc au boulot fissa et l'inspiration vint au fil de l'épluchage des légumes.

Quelques heures plus tard, elle tenait l'entrée et le plat principal de son repas pour naufragés.

La première partie était réglée, certes mais l'histoire ne faisait que commencer ! En effet, à qui les offrir pour que les visiteurs affluent au chevet de Dedicacessen ? Elle ne pouvait se décider. A qui dédier des côtes de bettes ? A sa copine Manue qui les adorait ? A la maman de Manue qui ne les aimait pas moins et allait bientôt repartir sur son île et en être privée pendant longtemps  ? A Dave qui avait bien une tête à ne jamais en avoir goûté ? A Jérôme Garcin et toute la bande du Masque et la Plume pendant un enregistrement, pour ne plus les entendre  pendant quelques minutes ? A Michel Onfray qui était homme à goûter les plats terriens ? Non, trop intello, tout ça (pas Manue, hein, les autres) : ça aurait achevé le blog. A Eve parce que la côte, à Adam parce que bête comme chou ? A Emma Bovary qui attendait toujours patiemment son tour ? A ses nouvelles chaussures rouges qui marchaient toutes seules ? Au ciel lourd ? A la forêt qui commençait à roussir ? Au nouveau chat errant qu'elle nourrissait et qui avait le regard de Jean Gabin dans Hôtel du Nord ? A Fred Vargas qui avait bien occupé ses plages de l'été ? pffff… la sorcière était dubitative. Elle avait eu beau y mettre du sien, tenter de sophistiquer un peu ses plats, ça restait de la côte de bette au bon goût de terre mouillée, rien d'autre. Colette ? Oui, Colette aurait certainement adoré, mais voilà, il y avait cette recette qu'elle lui destinait depuis la naissance de l'animal : ses haricots à la paysanne, il ne fallait pas brûler la cartouche Colette. Non, décidément, rien ni personne ne lui inspirait de dédicace. Elle décida de passer une petite annonce dans la blogosphère, qu'elle rédigea ainsi :

"Offre repas, thème côtes de bettes, comme neuf,
simple mais efficace
contre bons soins à animal expirant."

Ne lui restait qu'à attendre la première réponse venue et à dédier le repas à son auteur…

sorci_re01

Vous ?

crédit images : au hasard de google et dessin de Myazaki

Posté par A_Lenverre à 16:01 - Toute une histoire - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

    je ne connaissais pas ton blog, j'ai beaucoup apprécié cette histoire du blog moribond qui malheureusement est une réalité pour beaucoup d'entre nous... maintenant je suis curieuse de savoir ce que tu as fait avec les bettes! (d'après les ingrédients cités, un flan, je suppose?)

    Posté par theCook, mercredi 29 août 2007 à 09:36
  • Ah mais tu entretiens le suspens!
    La recette ! la recette ! la recette ! la recette !!!!

    la dédicace ?
    A la fée Viviane de Bretagne, esprit de la terre vivant dans la forêt de Brocéliande.
    Les esprits de la terre, ceux qui sommeillent sous l'herbe
    prennent des bains de feuillage
    veillent aux racines
    font pousser les fraises dans les bois
    frisent certaines feuilles de persil
    soignent les pieds de vaches
    et surveille la couleur des betteraves au goût de terre
    et la taille des bettes-pas-raves...

    Posté par Marie-Claire, mercredi 29 août 2007 à 11:40
  • ah mais non, ma Marie-Claire. Même si le poème est vraiment très joli, même s'il te ressemble, la dédicace était promise au premier qui passerait voir l'animal. Le repas de bettes sera donc pour theCook.

    Posté par dedicacessen, mercredi 29 août 2007 à 11:44
  • moi non plus je ne connaissais pas trop blog, (merci blog appetit) je reviendrai

    Posté par L-Fy, mercredi 29 août 2007 à 12:28
  • c'est un enchantement de lire tout ça ! et rien qu'avec des bettes !
    Glop glop ! heu ... blog blog !

    Posté par nini, samedi 1 septembre 2007 à 15:42
  • j'ai pas triché,

    souviens toi blog, à ton réveil sur la table de chevet tu avais un wok, un oeuf poché, un boris vian en bon état, hein? dis, tu te souviens?

    Posté par aÎtout, lundi 3 septembre 2007 à 00:59
  • Oh ! Une nini ! Et un aïtout... mais blog tu sais bien que bl-je-o-n'ai-g aucune mémoire. Tout s'échappe de ma tête comme de l'eau à travers une passoire. A nouilles

    Posté par dedicacessen, lundi 3 septembre 2007 à 18:20
  • Je devrais venir ici puisque tu ne viens plus me voir...

    Posté par eric1871, samedi 22 septembre 2007 à 11:21

Poster un commentaire