DEDICACESSEN

Blog de cuisine et de petites histoire ; Le principe ? Tout un plat, toute une histoire... Quand l'inspiration est là, la recette est dédiée à un personnage de mes paysages réels ou rêvés : Vouivre, Hopper, San Antonio, André Breton, Maroc, Italie, enfanc

jeudi 12 avril 2007

[Ricochets]..........

C'était une image de livre pour enfants, une image toute verte. Un jeune garçon habillé d'herbe du jour figurait le printemps, avançant à grandes enjambées à travers la campagne, derrière lui poussaient les primevères, sur ses épaules des oiseaux ronds chantaient et je crois bien que j'en suis tombée immédiatement amoureuse. C'est si beau un jeune garçon, parfois, surtout s'il marche en souriant, c'est beau le printemps, tout le temps. Jaune, corolle, nids, foire, levant, acidulé, jupes, mai, pavés, poings serrés, nus, manèges, ta peau, rosée, langue, soif, naissance, croisées, verre, dimanche, matin, nappes, étourdie, légèreté, fuite, au bord de la rivière…

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Aujourd'hui, devant la baie vitrée du salon, il neige en plein soleil. Il neigera comme ça deux ou trois jours, peut-être quatre, une semaine tout au plus si le vent est calme. Le moindre saut d'écureuil, le plus léger atterrissage emplumé provoquera les flocons. Les pétales des fleurs tombent des arbres et si j'ouvre la fenêtre, cette tempête viendra jusque sur le sol de ma maison, me tirer par les orteils, "dehors ! DEHORS !" Le jeune garçon en vert doit souffler pour que les dames lui ouvrent leurs fenêtres et s'envolent dans ses bras.

Le printemps… Les premiers beaux jours, la mère permet les socquettes : la brise tiédie sur les jambes pâles de l'hiver, les pieds dans les souliers vernis, cadeau de pâques, le chemin de l'école est plus léger, on court tout à coup plus vite, les chiens aboient la cavalcade ; et l'air sous la jupe. Les fleurs de magnolia rouillent et puis jonchent les trottoirs, les frondaisons pointent, on a envie de les croquer, tendre tendre verdure ; à côté de chez moi des hommes s'entre-tuent, des femmes hurlent de douleur, des bouts d'humains explosent dans l'air brûlant tout à coup, la souffrance rampe, la peur exalte la haine, et l'enfant insoucieux, sur le trottoir, saute à cloche-pied dans la lumière que fait le printemps sur le bitume. On vote au printemps, aussi, on espère, au printemps. Quoi qu'on soit, où qu'on soit, pourvu qu'on s'arrête devant le printemps, comme devant la mer, on espère. Il se passera bien quelque chose de nouveau puisque tout recommence. On ne veut pas savoir que tout ne fait que continuer. On entreprend, au printemps, on pend les draps propres aux fils qui s'agitent, on nettoie les vitres auxquelles viennent frapper les bourdons, on peint des pancartes ou des barrières, on achète des dragées ;

tatoo01on tombe amoureux, au printemps, surtout. Le jeune garçon en vert, qui ressemblait à Gérard Philippe, sa fossette infernale à la joue, sème cet hélium qui gonfle les cœurs. Entends-tu battre mon cœur ?

- Tu
- Je t'
- es belle
- regarde toutes ces étoiles
- tu es belle
- à travers les pins, il fera beau demain

Ecoute naître les astres sous nos paupières.

Ce matin j'ai croisé ce vieillard qui habite plus bas, dans la rue. Il doit porter au moins… 90 printemps dans son filet à commissions. Il tremble sur ses jambes arquées, la casquette vissée ; lentement n'est même pas l'adverbe qui convient, il n'en existe aucun qui décrirait son rythme au seuil de l'immobilité. Je l'ai doublé au ralenti, et dans cette poignée de secondes où ma voiture rouge l'a côtoyé, comme chaque fois, mon cœur s'est serré. Il promène tant d'absents, un bus n'y suffirait pas, j'ai peur qu'un soupir, le bruit du moteur, l'emporte et eux avec. Ce pantalon brun qu'il met pour aller chercher son pain, a dû être un pantalon de costume, il l'avait aux communions, aux banquets du printemps, quand il faisait danser sa femme. Je le guette dans le rétroviseur mon petit vieux tout seul, qui sourit sans sourire, aux anges qui ne passent que pour lui, les bras légérement décollés du corps, en balancier de funambule. Il a vu tant de fois les forsythias fleurir. Quand il traverse, arrivé au carrefour, il lève le bras pour signaler sa présence. Il sait bien que même s'il attend que le flot s'arrête, il ne sera jamais de l'autre côté à temps. Alors il traverse quand cesse le trottoir sous ses souliers, il se lance d'aussi haut que d'une falaise, torero aux jambes de coton et le miracle à chaque fois se produit, les animaux puants, les animaux tueurs, d'habitude aveugles, le voient et l'évitent. il continue à porter ses printemps, de l'autre côté de la rue, épargné. Il me serre le cœur parce qu'il me rappelle mon père. Sans doute qu'il aurait fini par lui ressembler si, un jour de tout début de printemps.

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"Partir aux fleurs… c'est dur de mourir au printemps, tu sais"… Brel exaucé est mort en automne, ça lui a peut-être fait moins de peine. On ne loupe rien d'immédiat ainsi, que l'hiver qui se pointe et le grand froid. On entre dans la saison où tout s'assoupit comme soi, on ferme ses yeux d'ours repu, on s'enroule au fond de sa caverne, et rugissent les blizzards. Mourir au printemps ? Comme, pendant les vacances, afin de ne pas déranger la maisonnée, l'enfant est obligé de rester couché pour attendre l'heure du réveil alors que la lumière dorée joue déjà sur le sol de la chambre à travers les persiennes ? Bâillonner l'effervescence ?

Impatience bleue
Jusque dessus mon ventre
Je sais le soleil

Le magnifique illusionniste que ce jeune garçon-là, le grand bonimenteur, le joli danseur. Il mérite bien au moins deux recettes, légères et fraîches toutes deux, l'une verte et l'autre rouge, de la mousse, de l'écume, presque rien.

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Posté par A_Lenverre à 14:26 - Toute une histoire - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

    si je savais aussi bien écrire que toi j'aurai dit:

    « Il y a des pluies de printemps délicieuses, où le ciel a l'air de pleurer de joie.


    mais ce n'est pas de moi mais de paul jean toulet dans les trois impostures,

    Posté par aïtout, jeudi 12 avril 2007 à 23:36
  • Moi je soupire, j'écoute.
    J'écoute la voix d'Annie. Pour sûr je ne l'ai jamais entendue, sa vraie voix, de la vraie vie, sa voix des cordes vocales... Mais j'aime sa voix de coeur.
    Elle me berce de souvenirs.
    Ce ne sont pas les mêmes souvenirs, pas exactement.
    Mais ils se ressemblent, ils ont des couleurs identiques. Les couleurs des tulipes qui pointent au dessus des myosotis. Et celles des socquettes blanches et des rubans dans les cheveux.
    Le marron tout délavé des yeux de mon grand père. Un marron clair, ambre, sapin, bouleau... et le geste tremblant de la main sur la canne...
    Tu as une belle voix, Annie.

    Marie-Claire

    Posté par Marie-Claire, vendredi 13 avril 2007 à 18:40
  • .....

    ...

    sans.

    Posté par dedicacessen, vendredi 13 avril 2007 à 22:53
  • c'est bien au printemps qu'on commence les châteaux de sable et autres protège-vagues...
    Mais la vague arrivera, celle qu'on attend, qu'on redoute, qu'on pense battre, mais qui est la plus forte...
    Et puis on devient un homme et on finit par connaitre la force de la vague plus encore qu'on ne connait la nôtre, on n'en continue pas moins les châteaux pour y loger une reine et des princes et des princesses...
    Mais on ne serait pas vraiment un homme si on ne regrettait pas ce printemps où on ne connaissait rien de la vague sinon qu'on était sûr de la battre un jour...

    Posté par stanislas, dimanche 22 avril 2007 à 00:13
  • WOW!
    Tout ce que je pourrais ajouter serait superflu.

    Posté par gato azul, vendredi 18 mai 2007 à 03:25
  • Cette façn d'observer et de trouver les mots pour décrire.

    Printemps, beauté, renaissance, espoir mais dure réalité aussi.

    Je le vois, ce viel homme que tu peinds si bien.

    Posté par joyeuxbe, dimanche 20 mai 2007 à 19:09

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