DEDICACESSEN

Blog de cuisine et de petites histoire ; Le principe ? Tout un plat, toute une histoire... Quand l'inspiration est là, la recette est dédiée à un personnage de mes paysages réels ou rêvés : Vouivre, Hopper, San Antonio, André Breton, Maroc, Italie, enfanc

vendredi 23 mars 2007

[Pet chaud, Gros !]..........

Le Gros marche lentement vers la minuscule bonne sœur. M'est avis qu'elle va bientôt arrêter de faire la mariole, la sainte. Ça fait trois jours que je me la mitonne aux ptits oignons pour lui faire cracher le morcif mais Sa Majesté sera moins clémente que moi, il va pas faire dans la dentelle pour lui caresser la cornette. Surtout qu'il est l'heure de grailler et qu'il supporte pas qu'on le mette en retard pour passer à table, si elle, c'est manifestement le genre plus frugal. Elle le regarde s'avancer, je dois dire qu'elle a du courage, elle ne cille pas, il s'en faux, elle ne tourne pas d'un œil, ni de l'autre. Pourtant, j'en ai vu de plus costauds se flétrir comme de vieilles rombières à leur sortie du bain, à l'approche du Mastar et, avant même qu'il ait levé son informe paluche sur eux, se mettre à raconter leur vie depuis le début avec les détails, le nom des voisins, leur numéro de sécurité sociale, l'âge de leur clébard, la liste des vaccins des gosses et la combinaison du coffre à bijoux de madame. Y en a même qu'il finit par taper juste un peu pour les faire taire, c'est dire. Elle, elle moufte pas. Même qu'elle soutient son regard ! Et il l'a plutôt roborative, son oeillade, le bestiau ! Tu t'en prends un morceau sur le coin du groin, t'appelles ta mère pour qu'elle t'emmène aux urgences te faire recoudre le blase et c'est pas sûr qu'ils y arrivent tellement il est en bouillie, c'est du lourd, de l'enclume concentrée, de la mort en plomb. Mais la fiancée au Bon Dieu, elle encaisse. Joli ! Je peux pas m'empêcher d'admirer et même de lui trouver un nouveau charme, à la pieuse enfant. Elle est pas aidée par sa panoplie en peau de jute, mais je suis pas aveugle, y a des atouts qu'elle peut pas garder pour elle : outre ses cils (de France) en pure soie sauvage nattée, elle a une bouche de mai trop appétissante, une peau lisse montée sur châssis d'exception qu'elle ne parvient pas à cacher totalement sous sa cote de mailles.

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Mais ça va pas durer son numéro de bravoure, elle va pas résister à l'odeur. Le regard, passe encore, mais le fumet ! Faut dire qu'Alexandre-Benoît est pas un acharné de la flotte, déjà qu'en dedans, elle pénètre pas, c'est physique… dehors elle glisse. Alors aqua bon ? Et pour rien arranger, y a 3 semaines que son ogresse de Berthe s'est barrée aux Seychelles ou pas loin avec Alfred, le coiffeur ami du couple béruréen. L'énorme a fait vœu de cradocité extrême si seulement le destin veut bien lui ramener sa quintaleuse dulcinée : il n'approchera pas un Fa Douche d'eau dièse ni même l'ombre d'un savon de Marseille à moins d'un mètre, avant que l'amour de sa vie ne lui soit rendu. Or, le retour de Berthe, c'est pas d'actualité ! Aux dernières nouvelles elle serait devenue une sorte de monument hystérique de là-bas et les touristes s'entre-tueraient pour la prendre en photo en train d'exécuter son plongeon de la mort quotidien dans le buffet à volonté. L'économie nationale du coin en serait bouleversée, parce que les excursionnistes affranchis des tours qui opèrent à tort passeraient leurs journées à attendre qu'elle remonte à la surface en pariant sur ses records d'apnée sous mer de bouffe ; du coup, ils n'auraient plus ni le temps ni l'artiche pour acheter les tongs peintes à la main par les enfants des écoles locales et les boules à neige sculptées à même l'arbre par les artisans indigènes. Il aurait été question de la faire expatrier manu militari mais ses adeptes fascinés et en transe ont menacé de faire sauter les principales administrations si on touchait leur grosse vache sacrée. Devant la pression et le sursaut de mysticisme que le phénomène provoque, les autorités réfléchissent au moyen de rentabiliser en installant une billetterie sans tarif réduit à l'entrée de la salle de restac où elle se produit. "M'étonnerait qu'on la revoie de si tôt" dit Cid Hoffet.

Tout ça pour dire que le dodu schlingue vigoureusement. Et comme le soleil tape dur à travers la vitre du bureau, la délicate petite sœur des pauvres ne peut ignorer, au fur et à mesure qu'il se rapproche, qu'il balade l'arôme subtil d'une meute de coyotes morts depuis trois jours, ou celle qu'exhalerait, après une journée estivale de marche au Val de Marne, enfermé dans une barquette en plastique, un panard géant… même si elle n'est pas censée connaître grand chose à l'affaire.

Je la vois qui vacille enfin. Elle cherche son air, elle ahane (Francis), elle renonce, elle apnise, elle dévisse, elle se rend, elle défaille. Béru, entrevoyant l'ouverture, s'engouffre dans la brèche, arrimé à ses bretelles comme un vieux thon vissé à sa ligne embarquerait un pauvre pêcheur, amen. Hargneux, qu'il est ! Il est déjà au-dessus de la gamine, il lui projectile sa prose 138 décibels, celle des jours de fête :

- Mamselle Troppo (c'est son nom précisé-je, ce qui pour ma nonne est amusant souligné-je pour le lecteur inattentif que tu es), tu vas finir par me froisser un peu le mental à nous courir sur le calebute ! tu vois la pendule ? Elle t'informe officiellement avec ses salutations distinguées que c'est maintenant que je dois me remplir la panse, sous peine d'hypoglisser et que je l'aurai mauvaise si tu m'en empêches en gardant tes secrets de pucelle ! J'suis un impulsif de la mandale, et j'ai pas de bon dieu. Ça m'urge si tellement de me descendre une blanquette, que j'oublierais facilement mon bon cœur pour te faire valser les dents. Alors sa sainteté, tu vas être bien aimable et me refiler cette recette avant que je t'avance celle des tartelettes ! Parce que si tu t'opposes dès le libérément à ma sustentation, si tu te fais complisseuse du meurtre de mon frichti, je garantis pas le bon cours du déroulement des opérations futures !

D'un coup, je vois la mignonne revenir à ses esprit, une lueur nette comme vénus à l'ouest d'une nuit d'été, s'allume dans son magistral œil droit, peut-être aussi dans le gauche mais placé comme je suis, je ne saurais le garantir. Je pressens que j'ai rencontré peu de gerces de son envergure. Elle prend son missel, le serre contre elle comme on dégaine un calibre et, calmement, comme un grément bleu au-dessus des vastes mers plane à l'ombre des nuages, la petite nonne, répond au Gravos.

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Pour la première fois, je sais que le susdit Béru va être désarmé, tout penaud et contrit, sans répartie devant la pertinence de ce qui fuse. Jugez plutôt : dans le silence estival de la fétidité bérurienne, un petit bruit jaillit et s'élève, prend de l'ampleur, tel l'oisillon ingrat devient une majestueuses frégate, la goutte de rosée tombant du pétale immaculé d'une rose rejoint le fleuve dans son roulis impérial vers l'océan. Un bruit rond et net, sans fioritures ni doute possible, une note triomphale sans forfanterie mais pleine de panache, tenue avec dextérité sur, non pas deux, non pas quatre, non pas huit, ni même douze, mais vingt temps qu'on n'a pas tous les jours complets ! Oui madame, vous avez bien entendu ! un chant d'une pureté à vous tirer les larmes, comme on n'en entend qu'une fois dans sa vie, digne d'une caisse de Stradivarius. La petite nonne vient, bravement et tout en fixant l'adversaire sans crainte, de mettre fin à la conversation ; déjà je vois le Volumineux s'aplatir et faire allégeance, il essuie une larme d'émotion. La douce enfant vient de lui clouer le beignet en répondant avec virtuosité dans la langue qu'il croyait maîtriser comme personne. Du haut de son mètre 58 et de ses 42 kilos, elle l'a abattu en plein vol, le privant en un son-de-l'ange sublime, de son titre, le détrônant comme la Miss de l'année arrache, du bout de ses ongles impeccablement vernis et aiguisés, son diadème de la tête d'une plus usée, que l'on honorait quelques minutes auparavant. Pour toute réponse, en effet, la fière nonne vient de lâcher au ciel, ce qu'il convenait de ne pas garder dans les annales : le plus noble des pets.

- Crédit images :
* Bérurier par Serre pour la couverture de
"queue d'âne, la vie sexuelle de Bérurier" - San Antonio- Fleuve noir
* Portrait de nonne par
Cornelia Schleime
- On peut recommander, en complément d'information sur le sujet, ce livre édifiant du XVIII° siècle : l'art de péter, par Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut

Posté par A_Lenverre à 18:47 - Toute une histoire - Commentaires [11] - Permalien [#]

Commentaires

    Ah ouais, quand l'esprit souffle à tous les étages, moi tu me connais, je m'incline et je m'encline à admirer, ce n'est pas tous les jours qu'on ose arrêter d'être con-formiste, con-formel ou con-formol, con-fondu ou con-fiteor de coing!

    Tu mords comme j'ai bien aimé, la Sardine?

    Je me disais que lorsque Sana s'en irait oublier sa honte de nous voir comme nous sommes, je reprendrais bien la suite, avec les mêmes zigues et surtout les zags, mais le rejeton s'est emparé, j'aime pas comme il se force.

    Alors comme çà, toi itou Soeurette Gracianne des Blogs te désécrane pour te lire dans le dur? Bienvenue dans le Vexin-Paris!

    Posté par Patrick CdM, dimanche 20 janvier 2008 à 15:34
  • Merci d'avoir pris le temps de retranscrire ce chef d'oeuvre ! Ya pas Frédéric Dard manque mais Sana sera toujours dans ma mémoire !

    Posté par Acesse, vendredi 23 mars 2007 à 22:27
  • ben euh eh oh ! j'ai rien retranscrit du tout ! j'ai fait à la manière de.

    Posté par dedicacessen, vendredi 23 mars 2007 à 23:12
  • C'est que c'est rudement bien écrit et tout à fait dans le style alors...mais bien sûr que c'est écrit par toi (avec une remarquable adaptation de ton style, certes) sinon jamais il n'y aurait eu "ses cils (de France)" ni "ahane (Francis)", je ne relève que le meilleur. Mais même, il n'y aurait pas eu "contrit", ça "contrit", ça trompe pas, contrit c'est Annie. Ils sont 2 en France et 6 en Europe à utiliser ce mot. Mais faut au moins être présidente du fan club de l'écrivain Annie Dedicacessen pour s'en rendre tout de suite compte.

    Posté par Flo, vendredi 23 mars 2007 à 23:29
  • ))

    Posté par dedicacessen, samedi 24 mars 2007 à 10:19
  • Je me marre

    Posté par Papilles&Pupille, samedi 24 mars 2007 à 10:32
  • merci d'avoir repris mon livre, je suis content que "ma nonne troppo" ai paracheveé mon chef d'oeuvre odoriférant et néanmoins salutaire, en y mettant ce fabuleux pet de nonne que par souci de paix avec le saint siège j'avais volontairement omis dans l'édition originale


    il eut été toutefois amusant de comparer le pet de "ma nonne troppo", au rot de bérurier, ce dernier employant plus facilement le "rapport espagnol" à cause de la prohéminence ventresque dégoulinante de sa stature,ce qui aurai permis de faire la parité des deux vents, chacun choisissant son issue.

    Posté par nicolas hurtaut, dimanche 25 mars 2007 à 23:51
  • Bon, cette fois j'imprime, je lirai dans le train. Je reviendrai.

    Posté par Gracianne, lundi 26 mars 2007 à 15:01
  • Excellent pastiche, mes compagnons de train se demandaient pourquoi je me marrais toute seule. Ma nonne troppo...
    Des lustres que je n'avais pas lu du San Antonio.

    Posté par Gracianne, mardi 27 mars 2007 à 11:45
  • je suis lue dans le train, je suis lue dans le train, je suis lue dans le train, je suis lue dans le train !!!!!!!

    Posté par dedicacessen, mardi 27 mars 2007 à 20:12
  • Ah c'est énorme!

    Posté par Grand chef, mardi 10 avril 2007 à 14:03

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